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Franz Kafka : un auteur dans nos communs numériques ?

Après le Journal de Kafka, le désir de reprendre en cette fin d’année la lecture de la totalité de son œuvre. Franz Kafka est emblématique de la situation dans laquelle se trouvent de nombreux écrivains étrangers du XXème siècle. L’auteur mort il y a près d’un siècle en 1924 (deux ans après Proust), beaucoup de ses textes ont fait l’objet de publications bien après sa mort. Si aujourd’hui l’ensemble de son œuvre est entré dans le domaine public en langue allemande, toutes les traductions françaises sont encore sous droits et pour longtemps encore. En effet, les traductions sont considérées comme des œuvres dérivées de l’original et protégées à ce titre pendant 70 ans après la mort des traducteurs. Les plus anciennes, celles d’Alexandre Vialatte jusqu’en 2042 en France, au Québec dans deux ans, où le délai est encore de 50 ans.

Que dire de la situation de l’offre numérique des œuvres de Kafka? Si Garnier-Flammarion propose bien l’ensemble des textes dans les traductions de Bernard Lortholary encore vivant, en revanche Gallimard propose seulement deux de ses Folio, La Métamorphose et la Lettre au père – toutes bien entendu verrouillées avec des DRM -. Les nouvelles traductions révisées dans La Pléiade, publiées en 2018, sont évidemment interdites de numérique. Pourquoi ne pas au moins proposer les anciennes traductions (celles d’ailleurs toujours disponibles en poche) au format numérique? Rien non plus du côté de Babel/ Actes Sud, du Livre de Poche (ou de son édition en Pochothèque). Nous avons ainsi une situation tout à fait paradoxale où les traductions françaises de Kafka sont cadenassées, à l’état d’enclosure, sous droits mais non disponibles, les nouvelles comme les plus anciennes non-republiées.

Heureusement, le numérique a horreur du vide et des amateurs ont numérisés ces textes depuis longtemps sur le site EbooksGratuits (malheureusement sans aucune mention des traducteurs). Récupérés ensuite, des versions payantes fleurissent sur les plateformes, puis sont retirées de temps en temps, refleurissent un peu après.

De mon côté, désirant une version complète et plutôt que de me la préparer moi-même, je me suis risqué pour 0,99€ sur une version chez BibliOnDemand sous le titre Œuvres. Il s’agit en effet des numérisations d’EbooksGratuits (L’Amérique n’a pas été faite), mais le résultat est plutôt bon. La couverture, la mise en forme sont bien faites. Les indications des traducteurs sont évidemment absentes. Plus de 600 pages au total. Bref, à ce prix-là, je vous la conseille absolument, vous la trouverez un peu partout ; si elle disparaît d’ici là, je me ferais un plaisir de vous l’envoyer. À diffuser au plus grand nombre, Franz Kafka est heureusement dans nos biens communs francophones et cela grâce à des amateurs éclairés…

A signaler bien sûr le vaste chantier web ouvert de Laurent Margantin qui a entrepris de retraduire tout Kafka (voir ici). Si des éditions imprimées (cahiers du Journal et récits) sont proposées au fur et à mesure, malheureusement aucune publication numérique au format ePub n’est proposé conjointement. Mille regrets…

aldusherve

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