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Lire La Divine Comédie de Dante

Avec la célébration de son 700ème anniversaire, La Divine Comédie de Dante Alighieri est à l’honneur cette année. Je vais terminer bientôt la numérisation de la traduction de Louis Ratisbonne parue au milieu du XIXème siècle. Un beau chantier, je vais de plus en plus vite avec le temps. J’aime beaucoup cette version en vers que j’avais découvert il y a une trentaine d’années grâce au livre d’Efim Etkind “Un art en crise, essai de poétique de la traduction poétique” (L’Age d’Homme, 1982). Même si celui-ci la trouve d’un intérêt supérieur (car en vers rimés, sur une structure de rimes AAb, CCb, DDe, FFe, etc), il n’était pas complètement convaincu car elle ne respecte pas la célèbre terza rima (sur un schéma ABA, BCB, CDC, DED, etc.) qui crée un “mouvement dynamique propre au poème de Dante”.

J’ai souhaité en ce début d’année poursuivre la lecture de Dante en reprenant plusieurs textes. Je passerais sur toutes les traductions en prose de La Divine Comédie, rien de trop intéressant je trouve. En 2016 est parue pour la première fois une traduction respectant enfin la structure des rimes, celle de Danièle Robert chez Actes-Sud (cette traduction a été poursuivie, elle parait en version de poche complète cette année). Je m’étais procuré le premier volume L’Enfer à l’époque et je dois dire que ma déception avait été grande. Même si l’effort et le travail absolument considérables sont évidemment à saluer, je pourrais reprendre mot pour mot la critique de Michel Paoli dans la revue En attendant Nadeau. “Si conserver la rime pour préserver la structure revient à sacrifier parfois le reste, peut-être vaut-il mieux sacrifier la rime.” J’irais même jusqu’à dire “presque tout le reste” avec un volume qui m’était littéralement tombé des mains, alors que la lecture de Dante avait été un réel plaisir vingt-cinq ans plus tôt.

Alors cette année, j’ai décidé de reprendre le chemin. Cette fois-ci avec deux versions supplémentaires, celle d’Alexandre Masseron qui date de l’après-guerre et qui avait été rééditée chez Albin Michel à l’époque. La traduction n’a qu’un intérêt très moyen, mais l’édition comporte néanmoins des notes très précieuses sur tous les aspects symboliques, des schémas, etc. Un travail considérable de synthèse qui m’a été très utile sur beaucoup de points de compréhension. Autre version que j’ai souhaité avoir avec moi, les Éditions Flammarion ont eu la bonne idée de proposer en février dernier un beau volume complet (à prix très correct) de la traduction de Jacqueline Risset, publiée entre 1985 et 1990, qui est devenue pour beaucoup une traduction en vers libres de référence. Alors, allons-y…

C’est avec ces quatre textes que j’ai repris la lecture de Dante depuis quelques mois. Chant par chant : d’abord Masseron pour planter le décor, l’ambiance, la symbolique, régler la compréhension générale, ensuite Risset et Ratisbonne pour deux “interprétations” en vers libres et rimés (sans la terza rima) qui m’avaient donc semblé les plus pertinentes, enfin la traduction de Danièle Robert (avec la terza rima) pour laisser une nouvelle chance à celle-ci.

Je profite donc aujourd’hui, soir du 7 avril (justement le soir du 7 au 8 avril 1300 où Dante commence son voyage) pour vous livrer mon sentiment. Je n’ai pas encore tout à fait fini. D’abord, confirmation, la traduction de Danièle Robert ne m’a toujours pas convaincu, je l’ai lâché avant la fin du premier tome de l’Enfer; comment conclure chaque chant sur ce texte qui ne m’apporte que difficulté et frustration, même si la compréhension a bien sûr été résolue avec les trois autres auparavant. La rime tyrannique sacrifie le reste… La seule pensée du pauvre lecteur qui se dépêtre avec cette traduction seule, me désole je dois dire. Une traduction qui est à aborder avec une autre, c’est absolument évident.

Je pourrais choisir de multiples passages je choisis juste celui, les vers 13 à 18 du début du poème :

[Alexandre Masseron :

Mais quand je fus arrivé au pied d’une colline, là où se terminait cette vallée qui m’avait étreint le cœur d’effroi, je levais les yeux et je vis sa cime revêtue déjà des rayons de la planète qui mène droit les hommes par tous les sentiers.]

[Jacqueline Risset :

Mais quand je fus venu au pied d’une colline
où finissait cette vallée
qui m’avait pénétré le cœur de peur,
je regardai en haut et je vis ses épaules
vêtues déjà par les rayons de la planète
qui mène chacun droit par tous sentiers.
]

[Louis Ratisbonne ;

Mais comme j’atteignais le pied d’une colline,
Au point où la vallée obscure se termine,
Qui d’un si grand effroi m’avait poigné le cœur,
Je levai mes regards : sur son épaule altière
Le mont portait déjà le manteau de lumière
De l’astre qui partout guide le voyageur
.]

[Danièle Robert :

Mais arrivé au pied d’une éminence
où cette vallée avait abouti,
qui avait effrayé mon cœur d’abondance,
levant les yeux ses épaules je vis,
déjà vêtues des rais de la planète
qui conduit droit par tous chemins autrui.
]

Pour cette dernière, l’exemple n’est pas le plus désavantageux.

Le “couple Risset-Ratisbonne” se complète bien je dois dire, les trouvailles poétiques et la fluidité du texte sont toujours au rendez-vous. Je ne peux que vous conseiller. Voilà mon sentiment, en humble lecteur français, ni spécialiste de Dante, ni familiarisé avec la langue italienne, je le regrette bien.

J’espère que ce billet vous aura donné envie de découvrir La Divine Comédie ; ma version numérique de la traduction de Ratisbonne (avec les belles illustrations de Gustave Doré en bonus) sera terminée le week-end prochain je pense, joignez-y Risset et de belles heures de lectures en perspective, autant que moi j’espère, vous verrez…

aldusherve

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